| Dans l'antichambre de l'indépendance
Il est vrai que les noms donnés par Boussouf de ceux qui
devaient assumer la responsabilité de représenter le FLN dans
l'organisme paritaire qu'était l'Exécutif étaient des militants
de première qualité, Belaïd Abdesselam, Abderrezak Chentouf,
Mohamed Benteftifa, Boumedine Hamidou. La réponse de Boussouf
fut : "Ce n'est pas l'appartenance au CNRA qui est forcément
gage de compétence pour l'opération délicate à laquelle vous
êtes conviés."
Je promis de lui donner réponse après réflexion. Le lendemain,
je lui exprimai mon accord sur la mission et la composition de
l'équipe, à une condition toutefois. Connaissant,
malheureusement, les déficiences sérieuses des méthodes de
travail de nos organisations à l'extérieur et subodorant
l'absence d'unité et de coordination des organisations
militaires ou civiles à l'intérieur du pays, je ne concevais pas
que nous puissions mener la barque jusqu'au référendum, avec la
guerre que menait l'OAS contre son gouvernement et le général de
Gaulle, ainsi que contre la population algérienne en vue de
susciter des réactions violentes qui entraîneraient
l'intervention de l'armée française pouvant aller jusqu'à la
remise en cause des Accords d'Evian, et ce, avec la complicité
avouée ou non d'unités de l'armée française,si, en même temps,
n'étaient pas assurées une bonne coopération et une coordination
suffisante des différentes composantes locales de notre
révolution avec l'Exécutif provisoire, notamment l'engagement
des différents courants qui traversaient les organismes
dirigeants, GPRA et CNRA, de s'abstenir d'actionner dans le
désordre leurs projections sur le terrain national.
C'est pourquoi j'avais demandé que les ministres du GPRA
promettent formellement de n'entreprendre aucune action, sans en
informer préalablement le groupe FLN de l'Exécutif en vue de
juger de l'innocuité de ces décisions sur la bonne marche de la
préparation du référendum d'autodétermination. Cette exigence,
répondant au souci de ne laisser aucune chance aux fausses
manoeuvres de notre part, a été acceptée par tous les ministres
et traduite en engagements individuels.
PREMIÈRE PARTIE:
A- Pourquoi un Exécutif provisoire ?
L'idée d'une
organisation particulière de la période qui devait s'écouler du
cessez-le-feu au référendum a été avancée par la délégation
algérienne, sous forme d'une déclaration écrite et lue par Krim
Belkacem à l'ouverture des conversations de Lugrin, en Suisse,
le 20 Juillet 196, ainsi libellée: "La période transitoire
qui s'écoulerait du cessez-le-feu au jour de l'autodétermination
doit servir à soustraire le peuple algérien à l'influence et à
la pression de l'appareil administratif colonial et à mettre en
place une administration qui offrira au peuple toutes garanties
pour s'autodéterminer librement" (Rédha Malek: l'Algérie à
Evian. p.159-160).
A travers la déclaration générale des Accords d'Evian, traitant
de l'organisation des pouvoirs publics pendant la période
transitoire et des garanties de l'autodétermination, il est
essentiellement question de l'objet de l'effet de la
consultation: intégration ou indépendance de la consultation, et
dans ce dernier cas, avec ou sans coopération avec la France.
Double question ramenée par l'Exécutif, malgré la résistance de
Bernard Tricot, à une question unique: "Voulez-vous que
l'Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France
dans les conditions définies par les Accord d'Evian",
proposition acceptée par le général de Gaulle en même temps que
la décision de fixer au 1er Juillet la date du référendum
d'autodétermination au cours de la réunion du 2 Mai 1962.
B- Tâches et rôle de l'Exécutif provisoire
Par ailleurs, les
tâches dévolues à l'Exécutif provisoire par les Accords sont
essentiellement de deux ordres. D'une part, la mise en place de
tous les moyens et conditions d'un vote libre et sincère, et,
d'autre part, la participation au maintien de l'ordre par la
création d'une force locale de quelque 50 000 hommes.
Autant la préparation de l'autodétermination a pu être menée
rondement grâce aux structures administratives mises en place
par l'Exécutif et la coopération de l'armée française, autant le
maintien de l'ordre par la force locale a été insuffisant pour
satisfaire aux tâches qui lui étaient assignées et qui
dépassaient notoirement les moyens mis à sa disposition, la
qualité de son recrutement et son financement, tant il est vrai
que l'action de l'OAS relevait plus d'une guerre dévastatrice
que de troubles l'ordre public.
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