Site personnel où vous trouverez ma biographie, les corrections que je me permet d'effectuer de temps en temps et que je souhaite faire partager pour ne pas que l'histoire de l'Algérie tombe dans l'oublie.

Deuxième partie

Dans ce qui précède, a été tracée à grands coups de traits et en diagonale (d’où certaines omissions dont les intéressés voudront bien m’excuser) une esquisse d’un bilan de l’activité et du rôle joué par l’Exécutif provisoire. Il est, à mon avis, d’une importance capitale dans l’histoire de notre mouvement de libération nationale. Et pourtant, l’Exécutif provisoire a été surtout vu par ceux qui ont rapporté son histoire, pour ne citer que trois auteurs, Azzedine, Harbi et Meynier, consultés rapidement, comme un organisme qui a permis aux sanguinaires de l’OAS de sauver la face alors qu’elle était terrassée par les coups de boutoir que lui avait assénée la Zone autonome d’Alger (ZAA) avec, à sa tête, le commandant Azzedine qui, dans son livre On nous appelait fellagas (page 455), déclara, très pertinemment qu’ « en toute logique révolutionnaire il ne pouvait pas cautionner un accord qui effacerait des crimes contre l’humanité et s’abstient, magnanime, de porter un quelconque jugement de valeur sur la position de Farès et Mostefaï. »

E- L’OAS mine les égouts de La Casbah et de Belcourt

Je ne sais pourquoi il a décidé d’oublier que c’est lui qui, en toute bonne foi, sans doute, a allumé la mèche, lorsqu’il nous a rapporté, au cours d’une de ses visites à Rocher Noir, que le colonel Debrosse, responsable de la gendarmerie française à Alger, l’informait, en tant que responsable de l’Organisation FLN d’Alger, que les égouts de La Casbah et de Belcourt étaient minés par l’OAS, et que, si par malheur, le projet de déflagration était mis en œuvre, il faudrait s’attendre à des dizaines de milliers de morts. Une nouvelle qui modifia radicalement les données du problème. En effet, depuis quelques jours, plutôt plusieurs semaines, des bruits persistants dans les milieux de la presse faisaient état de conversation entre le FLN et l’OAS.

F- Le Monde : 10 mai 1962

Interrogé par des journalistes dont Alain Jacob du Monde, je déclarais entre autres (Le Monde 30 mai 1962, page 4, 4e colonne) : « La situation de l’OAS est telle que ses dirigeants ont été amenés à prendre conscience de l’impasse dans laquelle se trouve cette organisation, on peut imaginer... soit que ses dirigeants voudraient justifier la cessation de leurs actions criminelles par des contacts entre l’OAS et le FLN, soit en vue de ressouder autour de l’OAS l’adhésion de l’opinion européenne et justifier, au contraire, la poursuite de son action, en soulignant le refus que lui oppose tout le monde de discuter avec elle. » Puis, plus loin : « Ce que nous pensons personnellement d’éventuels contacts entre le FLN et l’OAS c’est qu’ils sont parfaitement inutiles. » « Il ne fait aucun doute que l’indépendance sera proclamée le 2 juillet ainsi que la souveraineté de l’Algérie ; et s’il persiste des situations troubles, on pourrait les appeler, tout au plus, les péripéties de l’accession à l’indépendance. » Sur ces entrefaites succédant ou précédant ( ?) l’information transmise par le colonel Debrosse via Azzedine, Belaïd Abdesselam, de retour de Tunis le 2 juin, après prise de contact avec le GPRA, me transmet le message de Benyoucef Benkhedda d’avoir à interdire, par tous les moyens, à Farès, de poursuivre ses contacts avec l’OAS. Réaction produite par la lecture d’un rapport confidentiel que Farès avait justement confié à Abdesselam à l’intention de Benkhedda. Une explication s’impose pour la compréhension de cet épisode.

G- Double casquette du groupe FLN de l’Exécutif

Par réminiscence, probablement, de l’ambivalence du montage PPA-MTLD (1946), Benyoucef Benkhedda à l’occasion de sa présence à Rabat, quelques jours après le 19 mars motivée par l’arrivée des prisonniers d’Anlhoy, les 5 ministres du GPRA victimes de l’acte de piraterie aérienne de 1956, réunit les membres FLN présents à Rabat, prêts à rejoindre Rocher Noir où les attendaient les 6 membres désignés par le gouvernement français pour former l’Exécutif provisoire. A cette séance, Benkhedda a exposé, explicitement, le double rôle de l’équipe qui représentait le FLN face à l’équipe désignée par le partenaire français représentant la population européenne et qui pouvait être considérée comme une troisième force, soit 3 Européens, Roger Roth, Jean Manoui, Charles König et 3 musulmans, cheikh Bayoudh, El Hassan et cheikh M’hamed. Benkhedda a attribué à l’équipe FLN deux fonctions distinctes : l’une de gestion, telle que définie par les deux partenaires aux Accords d’Evian, relevant de la présidence de l’Exécutif, donc de Farès ; l’autre politique, de vigilance et d’orientation de l’activité du groupe FLN sous la direction de Chawki Mostefaï. L’Exécutif était donc vu par le FLN comme un organisme à double fonctions, l’une officine mettant en œuvre la présidence de l’Exécutif ; l’autre occulte d’orientation, et de coordination interne du groupe FLN. Donc un système particulier où, en matière de gestion, Farès était mon supérieur hiérarchique, mais au plan politique et organique j’étais le suspérieur hiérarchique de Farès.

H- Contacts avec l’OAS

Lorsque l’OAS a éprouvé le besoin d’établir le contact avec le FLN, elle fait appel au maire de Blida, ami personnel de Farès, pour organiser une rencontre de J.-Jacques Susini avec Farès, pensant qu’il se branchait ainsi sur le FLN. A la rencontre Farès-Susini du 18 mai 1962, dans une ferme, au pont de l’Alma (voir Carreras, l’Accord FLN-OAS, page 53), à laquelle je n’ai pas du tout assisté (ne le sachant même pas) comme l’a écrit par erreur le commandant Azzedine, Farès jouant le jeu du représentant, écouté, du FLN, a fait des promesses qu’il ne pouvait pas tenir. Le 1er mai au Bordj de Jacques Chevallier, en compagnie de Jean-Marie Tiné, industriel à Alger, tous deux, en tant que Français libéraux, avaient accepté d’aider à la réconciliation des deux communautés, il s’est tenu une réunion à laquelle, en plus de Farès, assistaient du côté OAS, J.-J. Susini, le colonel Gardes, Raoul Bastianeto, Murat. Cette réunion a été consacrée à la discussion du contre-projet que Farès a proposé de substituer au projet délirant de l’OAS du 18 mai qui exigeait la double nationalité, le droit de veto, le double drapeau et autres incongruités de ce genre. C’est ce contre-projet que Farès a envoyé à Benkhedda par Abdesselam et qui lui a valu son interdiction de contact avec l’OAS. L’engagement que Farès a pris le 1er mai d’obtenir l’aval du GPRA s’est soldé donc par un échec brutal, le 2 juin. La non-observation de la règle du jeu établie à Rabat, à savoir soumettre la proposition de Baujard au groupe FLN, comme l’exigeait l’élémentaire règle de discipline et de déontologie. Farès, homme politique entreprenant, a cru bon de s’approprier le monopole d’une opération tendant à la réconciliation des deux communautés dont il se voyait tirer un bénéfice politique certain. En s’appropriant également l’initiative du contact avec l’OAS (discussion avec Baujard, page 118, 1er paragraphe de Cruelle vérité de Farès), il s’est donné le droit d’une prise directe avec le GPRA en court-circuitant le groupe FLN et Mostefaï en particulier. La réalité est racontée par Fernand Carréras, directeur du Journal d’Alger de Jacques Chevallier, dans sa publication Accord FLN-OAS page 62, écrit grâce aux minutes de J. Chevallier, d’où sa fiabilité.

 

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