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En ce jour anniversaire des événements
tragiques de 1945, qui ont endeuillé les villes de Guelma et
Sétif ainsi que tout leur arrière pays, nous nous recueillons
avec émotion et ferveur au souvenir de tous ces martyrs dont on
a versé le sang généreux, en ces journées de Mai 1945.
C'est un grand honneur
que les organisateurs de cette commémoration me font en me
demandant d'apporter un témoignage vivant des événements
que nous avons personnellement vécus et initiés, en même temps
d'ailleurs que d'autres militants, dirigeants et cadres du Parti
du Peuple AIgérien dont la plupart, malheureusement, sont
disparus, emportant avec eux une parcelle de l'Histoire du
mouvement national
algérien.
Je vous remercie , mes
frères et mes sœurs , et en même temps , je vous félicite de
votre initiative qui porte la marque de la fidélité à notre
idéal et à la mémoire de tous ceux qui ont pilonné leur vie pour
la liberté. Le culte du souvenir est une condition de survie de
l'âme d'un peuple.
Votre initiative est
d'autant plus méritoire que nous avons assisté depuis notre
indépendance en 1962, à une conspiration du silence sur
l'origine réelle et lointaine de l'action libératrice et
appropriation, parfois insidieuse, d'autres fois, frontale, de
la paternité de la politique et de l'action menée BENYOUCEF Ben
Khedda, a, dans son livre « Les origines du 1er Novembre 1954»
(page 22), mis l'accent sur cette tentative d'escamotage de
l'Histoire. « On ne saurait, dit-il, trop insister sur l'aspect
pernicieux de l'attitude qui consiste à sanctifier la Révolution
mais en faisant table rase du passé ».
Beaucoup de choses ont été écrites sur
cette période de Mai 45. Et pourtant, malgré la qualité des
auteurs, leur professionnalisme ou leur expérience du mouvement
national, les tenants et aboutissants des manifestations du 1er
Mai 45, du 8 Mai, de ce qu'on appelé l'ordre d'insurrection et
du contre-ordre, n'ont pu être cernés avec toute la rigueur
nécessaire par ceux qui ont rapporté l'événement sur la base de
témoignages dont les auteurs ont, très certainement, oublié ou
confondu certains détails, qui heureusement, n'ont pas modifié,
fondamentalement, la substance et la signification des faits.
C'est pourquoi l'initiative de votre
association historique et culturelle du 11 décembre 1960, est à
ce point judicieuse, de faire appel directement aux personnes
qui ont eu à prendre des décisions urgentes et assumer des
responsabilités importantes. C'est le cas de Said AMRANI, et de
moi-même qui avons la chance et l'avantage d'être deux
survivants de cette Direction politique qui a marqué un tournant
décisif dans la marche de notre pays vers son indépendance.
L'usage a consacré la
dénomination de Direction du Parti, Parti du Peuple Algérien,
(P.P.A), pour désigner des membres actifs dont chacun assumait
une tâche spécifique, telles que Secrétariat général,
organisation, relations publiques, Finances, agitation,
propagande, etc.. Ce noyau faisait partie de la Direction
élargie qui, elle, englobait tous les militants qui ont eu à
jouer un rôle de direction à un moment ou à un autre, et qui se
réunissait, soit à l'occasion d'un événement d'importance qui
requérait le maximum d'avis en vue d'une décision, soit, tout
simplement, parce qu'un membre en manifeste le désir, auquel cas
il participe aux réunions de la Direction. C'est par exemple le
cas de Chadli EL MEKKI qui se trouvait à Alger au moment des
massacres de Sétif et Guelma, de ABDOUN présent à Alger et dont
on a jugé bon de demander l'avis, pour maintenir ou arrêter
l'ordre d'une action qu'on a par ailleurs, par simplification,
amalgame, ou pernicieuse Intention appelé « ordre d'insurrection
». C'est ainsi que, la composition de la Direction du Parti ou
bien la responsabilité de décisions ou d'attitudes varient d'un
auteur à l'autre. Par exemple Mahfoud KADDACHE dans son
livre « Histoire du Nationalisme Algérien » et situant la
décision des manifestations du 1er MAI 45 par le Bureau
clandestin du PPA au 30 Avril, soit la veille des
manifestations, écrit (page 699) que c'est sur l'insistance de
HAFIZ Abderrahmane, MEZERNA Ahmed, MOKRI Hocine, et HENNI
Mohamed, que la décision a été prise de manifester le 1er Mai ;
BENKHEDDA Benyoucef, dans son livre « les origines du 1er'
Novembre 54 » (page 97), fait remarquer la difficulté de
cerner la composition de la Direction du PPA en citant, en
plus de la liste précédente, DEBAGHINE Mohamed Lamine,
CHERCHALLI Hadj Mohamed, AMRANI Said, BOUDA Ahmed, ASSELAH
Hocine, MOSTEFAI Chawki, KHELIL Amar, FILALI Embarek. A ces
noms, il faudrait ajouter, rappelle ABDELHAMID Sid Ali,
BOUKADOUM Messaoud et TALEB Mohamed.
C'est dire à quel point, est difficile
et hasardeuse la relation de l'Histoire d'un mouvement de
libération tel que le nôtre, des attitudes et des actes des uns
et des autres parmi les opérateurs et protagonistes de
l'événement, quand la source de l'information est basée sur le
seul souvenir des hommes.
C'est
pourquoi, je m'efforcerai d'apporter à mon témoignage,
élaboré avec la participation de Said Amrani et Sid Ali
Abdelhamid, le maximum d'exactitude avec l'espoir que ce
témoignage sera la mise au point, attendue, de la relation des
événements, des tenants et aboutissants de cet épisode crucial
de l'histoire de notre mouvement de libération nationale.
C'est
le vœu que j'exprimai déjà dans mon témoignage lors de la
commémoration du 8 Mai 45 par la section de Guelma en 1995,
témoignage dont je reprends, aujourd'hui, de larges extraits.
Mais n'ayant ni le temps, ni la compétence et la prétention de
faire œuvre d'historien, il me plait de recommander à
notre jeunesse la lecture de travaux de grande qualité sur le
mouvement national de libération que sont les livres de
Mahfoudh KADDACHE (Histoire du nationalisme algérien), de
Benyoucef BENKHEDDA (les origines du 1er Novembre 1954), de
Mohamed HARBI (le FLN : mirage et réalité), de Redouane
AINAD-TABET (le 8 Mai 1945), ainsi que de nombreux autres
auteurs.
L'avantage pour moi d'avoir
été contemporain et au milieu des événements, du fait de mes
propres responsabilités, me permet, d'apporter aux récits et
interprétations des faits de cette période de l'Histoire du
mouvement national, une vue originale et vécue pour compléter,
préciser et si nécessaire rectifier certaines choses.
Pour en revenir à
l'événement, cet épisode de notre lutte qu'est le mois de Mai
1945, se caractérise par quatre faits saillants :
1/
LES MANIFESTATIONS DU 1er Mai
1945.
2/ LES
MANIFESTATIONS DU 8 Mai 1945.
3/ L'ORDRE
D'ACTION DE DIVERSION DIT
«D'INSURRECTION
GENERALE»
POUR LA NUIT DU
23-24 MAI
45.
4/ LE
CONTRE ORDRE DU 18 MAI 1945
Le
contexte dans lequel ces événements ont eu lieu, est le résultat
d'une activité militante qui remonte généralement à l'existence
et au développement de l'idée nationale à travers l'Etoile Nord
Africaine des années 30 et au Parti du Peuple Algérien, et d'une
manière plus précise à la réactivation de cette organisation au
début de la dernière guerre en 1940.
Le
Parti du Peuple Algérien s'était enrichi d'un apport nouveau
par l'intégration de la jeunesse universitaire nationaliste
a l'occasion d'une tentative de recrutement de Mohamed Lamine
DEBAGHINE, par un groupe d'étudiants qui avait décidé le
déclenchement de la lutte insurrectionnelle à partir du 1er
Octobre 1940, suite à la débâcle de la France le 18 juin 1940.
Cette tentative s'est soldée, sur les conseils judicieux de
Mohamed Lamine DEBAGHINE qui assurait le leadership de la
Direction politique du P.P.A, par une intégration du groupe
étudiant dans les rouages du P.P.A et la désignation d'un des
leurs en l'occurrence MOSTEFAI Chawki, à titre de caution et
garantie, comme membre à part entière de la Direction du Parti.
La défaite
militaire de la France ayant entraîné la démobilisation de
Ferhat ABBAS, Pharmacien, une démarche a été faite auprès de
lui, à l'hôtel des négociants rue d'isly à Alger au courant
de l'automne 1940 par Mohamed Lamine DEBAGHINE et moi-même,
au nom du Parti, pour l'inviter, vue la conjoncture nouvelle
d'affaiblissement de la France, d'abandonner la politique
d'assimilation poursuivie jusque là et d'embrasser une
politique indépendantiste de libération nationale. Ferhat
ABBAS n'était, dit-il, « pas homme à changer de fusil d'épaule
». La même démarche faite au lendemain du débarquement
anglo-américain du 8 novembre 1942 l'a trouvé en de meilleures
dispositions.
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