Site personnel où vous trouverez ma biographie, les corrections que je me permet d'effectuer de temps en temps et que je souhaite faire partager pour ne pas que l'histoire de l'Algérie tombe dans l'oublie.

 La Direction, en la personne de Mohamed Lamine DEBAGHINE l'a saisi d'un projet de programme politique devant guider désormais notre action commune. C'est ainsi que Ferhat ABBAS a rédigé un programme politique qu'il a intitulé                  « Manifeste du Peuple Algérien ». L'initiative du Parti P.P.A dans la naissance du Manifeste a été occultée par tous les auteurs sauf Benyoucef BENKHEDDA dans les origines du 1er Novembre 54 (page 91) y compris par Mahfoud KADDACHE (Page 639) dont l'œuvre, remarquable par ailleurs, constitue l'ouvrage le plus documenté, à ma connaissance, sur l'Histoire du Mouvement National.

Aussi bien en ce qui le concerne que d'autres écrits, mon intervention, plutôt que de refaire l'Histoire, servira davantage à compléter et à corriger éventuellement ce que le vécu des choses m'autorise à combler comme oubli, non information ou erreur.

Grâce au Manifeste, et à son Additif adopté le 26 Mai 1943 par les sections Arabes et Kabyles des Délégations financières, additif que nous n'avons pas avalisé en raison de sa référence à l'Union Française, Ferhat ABBAS a néanmoins accompli un travail  considérable  en  diffusant  dans  les    milieux  de  la bourgeoisie   intellectuelle   et   commerçante,   l'idée   du nationalisme, modéré certes, mais remettant en cause le sacro- saint dogme de l'Algérie française. C'était là, une avancée intéressante. La nécessité se fit bientôt sentir de structurer ce vaste mouvement d'opinion pour le rendre capable d'entraîner les  masses  populaires  dans  des  actions  qui  s'avéraient indispensables en raison des attitudes négatives et dilatoires des autorités françaises dont le seul  souci était l'effort de guerre. KADDACHE décrit parfaitement tout ce scénario, qui explique la montée en température de l'opinion en général. Ferhat ABBAS prend l'initiative de lancer un mouvement politique : les Amis du Manifeste et de la Liberté (les A.M.L.) et invite le P. P.A, en la personne de Hocine ASSELAH, chargé des relations avec lui, de promouvoir une organisation de masse. Le P.P.A s'y employa efficacement grâce à son organisation clandestine qui déploya une activité au grand jour, s'avéra ainsi d'une grande efficacité et, par la force des choses, devint la colonne vertébrale des A. M. L. Si bien que lorsqu'il fallut décider de Manifester pour son propre compte au plan syndical, le 1er Mai et le jour de la victoire, le P.P.A fut accusé d'avoir noyauté les A.M.L dans le but de mener sa propre politique en trahissant la confiance de ses partenaires.

Ce qui était absolument contraire à la réalité. En effet, le P.P.A, en raison de sa politique radicale , représentait pour le pouvoir colonial l'ennemi à abattre. Et comme il y avait eu des  antécédents de tentatives de rapprochements, de nationalistes algériens dont OUAMARA Rachid, RADJAF Belkacern pour obtenir aide et appui des Allemands dans leur action anti- coloniale, il était facile pour l'Administration de taxer le P.P.A e{ ses militants de collaborateurs de l'Allemagne hitlérienne , et ce malgré la position non équivoque, anti-nazie et pro-occidentale de MESSALI Hadj, emprisonné à El Harrach depuis le 4 Octobre 1939. Il en était de même pour le Parti Communiste Algérien qui prétendait exercer une influence prédominante sur la classe ouvrière algérienne, et dénonçait la politique nationaliste du P.P.A comme une politique aventureuse, contraire aux intérêts du peuple algérien, alors que le salut résidait, d'après lui, dans des liens étroits avec le peuple français. L'influence du P.P.A était contestée par certains, y compris par les Américains. Le P.P.A qui avait gardé son individualité propre se trouvait au printemps de cette année 1945, dans l'obligation absolue de démontrer, si ce n'est son influence sur le prolétariat algérien, influence qui était réelle, au moins la rupture quasi-totale entre l'opinion des masses  ouvrières,  ne  parlons  pas  des  masses  paysannes,  avec l'idéologie et la politique des Partis Communistes algériens et français.

C'est ainsi que s'expliquent les manifestations du 1er Mai décidées unilatéralement par la Direction du P. P.A au début du mois d'Avril, et ce à travers tout le territoire national. Ce n'est pas la déportation de MESSALI, de Chellala où il était en résidence,  à  El  Goléa  dans  un  premier temps,  puis  à Brazzaville, qui a motivée les manifestations du 1er Mai, pour la simple raison qu'on ne peut pas, quelle que soit la puissance d'une organisation clandestine, décider d'une action à l'échelle du pays en quelques jours. Said AMRANI raconte que la veille du 1er Mai, soit le 30 Avril il a passé sa journée et une partie de la nuit à tirer des tracts à la ronéo, dans le local de la rue Socgemaa (Souk El Djemaa), pour les transporter à Oran le lendemain par train, en compagnie de Ahmed MEZERNA.

Tracts dénonçant la déportation de MESSALI Hadj et les arrestations  des  militants  de  Ksar  Challala dont Saàd DAHLEB notamment. Le 1er Mai, fête du travail a été une action essentiellement   politique   et,    occasionnellement,    une protestation contre l'arbitraire et la provocation coloniale.

Si on se penche sur les motivations du 8 Mai 45,  le caractère politique et impératif est encore plus évident.

Depuis le mois de Mars 1945, la défaite allemande s'avérait imminente. Le mouvement des AML, avait pris un développement fulgurant et ce à l'échelle du territoire national, dû pour une bonne part, à l'action de l'organisation du Parti P.P.A.  L'état d'esprit de  la  population  était  marqué  par l'impatience et le désappointement devant le refus obstiné de l'autorité  locale  et  du  pouvoir métropolitain  d'accorder une quelconque attention aux revendications nationales, mêmes quand elles sont empreintes de modération et d'esprit de compromis.  Les   Alliés   Anglo-Américains   accordaient   à   la

France, le privilège du monopole colonial dans le traitement des affaires politiques en Algérie, et ailleurs, en vertu de la priorité de la guerre sur toute autre préoccupation.

A la Direction du P.P.A, nous étions conscients que les effets conjugués de la propagande française, relayée par celle des Partis Communistes algériens et français, devaient être  combattus avec toute la vigueur nécessaire si nous ne voulions pas laisser accréditer aux yeux du camp occidental l'idée que le «peuple algérien était l'allié de l'Allemagne nazie. Il fallait frapper un grand coup et démontrer, au moment de la célébration prochaine de la victoire définitive du camp de la Démocratie sur l'Hitlérisme, que le peuple algérien, partisan de la Démocratie et de la Liberté des peuples, entendait célébrer dans la joie et l'enthousiasme la fin du cauchemar né de l'Hitlérisme et son  équivalent le Colonialisme, contre lesquels le peuple Algérien a  consenti les plus grands sacrifices sur tous les fronts de la guerre et autres Cassino. 

Et  pour  profiter  au   maximum   du  retentissement médiatique, à l'échelle mondiale de la victoire des pays de la  Charte de  l'Atlantique, l'Algérie devait fêter sa victoire en tant  que peuple, en tant que nation opprimée, indépendamment de la  France  et  de  ses  institutions,  en  arborant  tout  haut  l'Emblème de sa propre souveraineté.

C'est ainsi que nous décidâmes, au sein du Comité Directeur, de défiler le jour des manifestations de la victoire, en arborant le drapeau de l'Etoile Nord Africain et P.P.A en tête des cortèges.

     Hocine ASSELAH reçut pour mission de la Direction de retrouver un exemplaire du drapeau avec lequel MESSALI Hadj avait défilé en 1937 du Champ de manœuvre à la grande poste:  drapeau, écrira plus tard,  ce dernier,  dans ses mémoires, qui avait été conçu et cousu par Mme MESSALI elle même. La recherche de Hocine ASSELAH s'avéra infructueuse et au bout d'une semaine, il nous avisa que, même au musée Franchet d'Esperay qu'il avait visité pour la circonstance, il n'y avait pas trace du drapeau de Mme MESSALI. Ce que voyant, nous décidâmes d'en fabriquer un, aux couleurs suggérées par différentes personnes, à savoir, vert, blanc et rouge.

Nous fûmes désignés, Hocine ASSELAH, Chadly EL MEKKI et moi même afin de concevoir un, ou plusieurs modèles de drapeaux, que la Direction adopterait. A nous trois, nous décidâmes de nous réunir le lendemain au lieu de nos réunions, rue Socgemaa (Souk El Djemaâ) dans l'appartement de 2 pièces du 2ème étage mis à la disposition de l'organisation en la personne de Said AMRANI par MOUFDI Zakaria et HENNI Mohamed, surnommé DAKI, pour les besoins de l'organisation du Parti, laquelle relevait de la responsabilité de Said AMRANI. Celui-ci le mit à la disposition de SMAI Abderrahmane, militant de l'organisation, pour en faire un local professionnel de tailleur, profession qui appelle des visites nombreuses de clients supposés, sans attirer autrement l'attention  d'une  quelconque  surveillance  policière. Cela convenait parfaitement au rôle dévolu à ce local puisque, pendant des années, il servit, sans anicroche, de lieu de réunion aux organismes dirigeants du Parti. C'est là qu'une certaine matinée du mois de Mars ou Avril je me suis rendu avec, dans la poche, mon équerre et mon compas, des feuilles blanches et une boite de crayons de couleurs bien taillés, ainsi que des esquisses de différentes combinaisons de drapeau.

La discussion a porté sur les positions relatives de l'étoile  et du croissant, sur les couleurs, sur la signification et les symboles des motifs envisagés. Le choix définitif de la Direction s'est porté sur le modèle actuel. A savoir, le croissant à cheval sur le vert et le blanc et l'étoile dans le blanc à l'intérieur des  deux branches du croissant. La forme actuelle a été obtenue grâce à l'initiative de Benyoucef BENKHEDDA et de Hadj CHERCHALLI son chef de cabinet à la présidence du G.P.R.A en 1961, qui ont  confié à Mokhtar LAATIRI, un ingénieur tunisien,   le   soin   d'en   déterminer   les   caractéristiques  techniques, mathématiques pour la forme, et physiques pour les couleurs, de telle sorte que la fabrication des emblèmes de quelque dimension que ce soit, obéissant à des paramètres stricts, aboutit à une forme et des couleurs rigoureuses toujours identiques à elles-mêmes . Ce drapeau avait été confirmé comme emblème national au comité central du Parti en 1949, puis normalisé par une décision du G.P.R.A au cours de sa  réunion du 3 avril 1962 à Tunis et enfin institutionnalisé par la loi  n° 63-145 du  25  avril  1963 de  la  République Algérienne Démocratique et Populaire.

Avant de clore ce chapitre, je crois devoir préciser que dans notre esprit, nous venions de créer un emblème auquel s'attache une volonté de différenciation, de scission avec le symbole tricolore de la souveraineté française, nous n'avions pas crée le futur drapeau de la nation algérienne. Ce sont les événements, c'est par la force des choses que cet emblème a acquis ses droits de cité, c'est par la puissance de l'idéal qu'il sous-tendait ; c'est par l'abnégation et l'esprit de sacrifice, de ceux qui l'ont porté, avec honneur et gloire, ce sont les milliers et les centaines de milliers de Chouhada qui ont donné leur vie pour qu'il reste debout, face au vent et à l'ennemi ; c'est pour tout cela qu'il est devenu, par le vert, le symbole de l'espérance et du progrès, par le blanc, le symbole de la paix, par l'étoile et le croissant le symbole de l'Islam. Progrès, Paix, Allah ; ce fut une étrange coïncidence avec les trois lettres du Parti du Peuple  Algérien (P.P.A )  inventeur  et  artisan  de l'Indépendance nationale.

Nous en étions là, à attendre la défaite officielle de l'Allemagne et la célébration de la victoire des Alliés. Les instructions ont été diffusées à travers tout le territoire pour organiser des défilés indépendants de ceux organisés par l'administration coloniale en association, avec les représentants des forces alliées, c'est à dire essentiellement les Anglo-Américains.

 Le modèle du drapeau, qui venait d'être adopté par la Direction a été distribué aux sections à Alger et distribué au reste des villes de l'intérieur pour le fabriquer et le tenir prêt «pour le jour « J » dont, naturellement, on ne connaissait pas encore la date exacte. C'était une tâche dévolue à Said AMRANI en tant que responsable de l'organisation au sein de la Direction.

 Nos cortèges avaient pour consignes, dans toute la mesure du possible d'arborer les drapeaux de tous les alliés, Etat-Unis d'Amérique, Grande Bretagne , URSS et y compris celui de la France.                                                    

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