Site personnel où vous trouverez ma biographie, les corrections que je me permet d'effectuer de temps en temps et que je souhaite faire partager pour ne pas que l'histoire de l'Algérie tombe dans l'oublie.

 LES MANIFESTATIONS DU 1er MAI. 

La consigne donnée aux organisations du Parti était une part de boycotter les défilés organisés par la CGT et le PCA et, d'autre part, organiser, dans la mesure du possible, un défilé «indépendant en arborant des pancartes portant les slogans nationalistes tels : «Parlement Algérien», «Libérer MESSALI», «Libération de tous les détenus politiques», «Indépendance», «etc. Dans de très nombreuses villes de l'Est à l'Ouest, la consigne fut observée avec un grand succès. A Alger la capitale,  la  manifestation  fut  grandiose.  Pour  faciliter  les «rassemblements et surprendre les forces de police, trois points de départ étaient prévus :  la place du  Gouvernement actuellement   place  des   Martyrs,   Rue  Marengo  prés  de  la

Mosquée de Sidi Abderrahmane et Bab Ejdid, dans la haute Casbah. La synchronisation des départs avait dévolu à chacun des 3 cortèges, une heure précise de démarrage calculée de telle sorte qu'en tenant compte de la distance à parcourir à une vitesse donnée, le cortège de Bab Ejdid devait déboucher le 1er sur la rue d'Isly (actuelle Ben M'hidi) en venant par les rues Rovigo et Henri Martin et arriver en tête de la manifestation à la Grande Poste ; le cortège de la place des martyrs devait arriver par la rue Dumont Durville et s'accoler au cortège de Bab Ejdid, et celui de la rue Marengo prendre la suite de celui de la place des martyrs. Tout cela devait constituer une masse de plusieurs dizaines de milliers de manifestants avec, à leur tête, les étudiants de l'université, Marocains, Tunisiens, Algériens ainsi que des Etudiantes. Je me dois de citer leurs noms et d'ouvrir une longue parenthèse, car cette jeunesse intellectuelle va jouer un rôle considérable, décisif dans l'histoire du mouvement national.   Mamia   AISSA   (future   Madame   Abderezzak CHENTOUF), Mimi BELAHOUANE (future Madame Ahmed SIDI MOUSSA) et Kheira BOUAYAD-AGHA,  de Tlemcen (future Madame Chawki   MOSTEFAI) devaient être sur le devant du cortège ; puis, à coté et derrière elles, les étudiants Marocains dont Abdelkrim KHATIB,  EL FASSI, THIBER, BOUCETTA, les frères BELABBES, DIOURI tous futurs ministres du Gouvernement Marocain, les Tunisiens dont, entre autres, Driss GUIGA, futur ministre, Tahar GUIGA, Abdelmalek BERGAOUI, les frères Said MESTIRI chirurgien émérite et Ahmed MESTIRI futur ministre, Mostefa LAAFIF et bien d'autres, soit une cinquantaine d'universitaires Maghrébins en tout . Ce seront ces camarades de faculté qui ont été, à l'instar de nous-mêmes, de véritables militants du Front de Libération Nationale de 1954 à 1962.

Ce que j'atteste avec détermination, puisque, déjà avant et lors  de  la  création  du  Gouvernement  Provisoire  de  la République Algérienne (G.P.R.A), je reçus pour mission de  représenter l'Algérie combattante auprès du Gouvernement Tunisien d'abord, puis du Gouvernement Marocain. Je veux citer particulièrement, puisque l'occasion m'en est donnée , le Dr Abdelkrim KHATIB, ministre du Gouvernement de sa Majesté MOHAMED V puis de sa Majesté HASSAN II, dans les années 1960 et 61 qui nous a, dans une large mesure, par son action auprès de l'autorité marocaine, aidé à contrecarrer et faire échouer le projet de De Gaulle du « Sahara des riverains » auquel avaient déjà adhéré, avec enthousiasme, tous les autres pays riverains « Tunisie, Libye, Niger, Mali, Mauritanie » ; ce qui ouvrît la voie au succès des négociations entre le FLN et le Gouvernement Français par la déclaration du 5 septembre 1961 du général De Gaulle sur le Sahara: ( lire L'Algérie à Evian de Redha MALEK pages 175/176 ) pour aboutir aux accords d'Evian du 19 mars 1962. Par ailleurs, grâce, en plus, à son appartenance à la Direction du Parti de Ahardane, Ministre de la défense du Gouvernement Marocain,  nous primes  l'initiative,  KHATIB  et  moi,  de  proposer  au Gouvernement Marocain, d'importer, en tant qu'état souverain, de l'armement destiné à l'A.L.N. Le Roi MOHAMED V en a accepté le principe à la condition que les organisations civiles, le  F.L.N  et  militaire, l'A.L.N,  se comportent  sur le  territoire marocain,  dans  le respect strict de  la souveraineté de  l'état marocain. L'accord négocié par la Mission du GPRA de Rabat avec le ministre de l'intérieur BEKKAI et signé par BENTOBAL au nom du GPRA, ouvrit la voie à l'importation par le Gouvernement marocain de 4 bateaux remplis d'armes achetés par le GPRA, auprès des états socialistes, l'URSS notamment et destinés à l'A. L N de l'ouest.

Revenons au cortège de Bab Ejdid.

Un hasard malencontreux a voulu que la délégation marocaine rejoignit le point de rassemblement avec quelques 10 minutes de  retard, ce  qui  nous  a  amené,  en  faisant  une

marche forcée du cortège, à déboucher directement dans la rue Ben M'hidi (ex Isly) pour rattraper le retard du démarrage. Le cortège de la place des Martyrs était déjà passé. Celui de Sidi Abderrahmane débouchera au début de la rue Ben M'hidi (ex Isly)  où  les  deux  cortèges  se  fondirent  l'un  dans  l'autre. Quelques minutes plus tard en s'acheminant vers la Grande  Poste, nous entendîmes, devant nous, le crépitement d'une mitrailleuse qui dura plusieurs secondes, suivie d'une clameur de la foule qui reflua en désordre, les gens abandonnant sur le trottoir chaussures, espadrilles, coiffures,  même des sacs et des couffins. En quelques minutes, la rue Ben M'hidi avait retrouvé son calme où régnait un silence de mort. Le soir nous apprîmes que le mitraillage de la police ou de la gendarmerie avait provoqué la mort de 4 personnes Ghazali EL HAFFAF, Ahmed BOUGHLAMALLAH, Abdeikader ZIAR et Abdeikader KADI ainsi que des dizaines de blessés graves.

Le lendemain, nous lûmes, dans le journal du parti communiste algérien, le discours que Amar OUZEGANE a prononcé à la fin du défilé de la CGT, sur l'esplanade de la Grande Poste, appelant à la répression et l'extermination des «agents fascistes» du P. P.A qui osaient saboter la fête sacrée du monde du travail. Mahfoudh KADDACHE cite  l'article de «Liberté» du 3 mai qui «dénonçait une poignée de misérables provocateurs, agents de l'hitlérisme liés aux féodaux européens et musulmans».

Mais le résultat politique était atteint.  Nous avions démontré aux Américains (je cite encore KADDACHE) qu'ils se trompaient  quand  ils  déclaraient  à  une  délégation  de nationalistes «Hocine ASSELAH, Hadj Mohamed CHERCHALI et Chadly MEKKI» que le peuple ne suivait pas le mouvement national.

La fusillade avait eu lieu au niveau du casino. Ces cortèges ont eu lieu dans certaines grandes villes avec un succès total. Seules Oran et Blida ont subi le même sort et les deux villes ont eu chacune un mort et des blessés.

 

LES MANIFESTATIONS DU 8 MAI.

 

Ayant fait le bilan de l'opération du 1er mai et mobilisé l'organisation  pour porter secours  aux blessés  et  à  leurs familles,  nous nous empressâmes de diffuser à toutes nos organisations   locales   des   directives   complémentaires concernant les prochains défilés de la victoire à savoir :

1)   Les manifestations doivent être absolument pacifiques ; les mots d'ordre de  prudence et de sang-froid  largement diffusés parmi les manifestants ; le contrôle de ceux-ci pour récupérer toutes  espèces d'armes éventuelles tels que armes à feu, couteaux, même les bâtons etc.

2)  Les  villes  d'Alger, d'0ran et Blida s'abstiendront  de manifester; de crainte que les récentes fusillades du 1er Mai, n'aient créé chez les militants et les manifestants, un esprit de revanche, contre les forces de l'ordre, propice aux provocations de celles-ci, toujours possibles.

3) Déployer en milieu de parcours, le drapeau algérien, qui venait d'être adopté par la Direction,  quelques semaines auparavant.

Nous attendîmes alors l'armistice qui intervint le 7 Mai et les fêtes de la victoire des alliés furent fixées au 8 Mai 1945. Les détails de ces manifestations ont fait l'objet d'une description très détaillée de Mahfoud KADDACHE dans le Tome II (pages 702 et suivantes) de son livre «Histoire du Nationalisme Algérien» et de Redouane AINAD-TABET dans son livre très documenté «le 8 mai 1945». Ces deux publications sont incontournables pour qui veut connaître les 

faits survenus. A ceux qui s'intéressent 9 cette période, je ne saurai trop leur recommander la lecture, et la réflexion sur ces deux oeuvres. Il se dégage de l'une comme de l'autre mais également du travail de Benyoucef BENKHEDDA dans «les origines du 1er Novembre 54» pages 97 et suivantes et de Mohamed HARBI dans «Mirages et Réalités» quelques données essentielles à la compréhension des événements.

Primo : pour la première fois on a assisté à la conjonction  des deux mouvements nationalistes, réformiste autour de Ferhat ABBAS, et radical autour de Hadj MESSALI, c'est à dire, le P.P.A, combiné à une intrication structurelle des deux courants dans le mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (A.M.L), et ce, à la demande de Ferhat ABBAS au P.P.A de lui prêter main forte, grâce à son organisation clandestine disséminée sur tout le  territoire national, pour créer, rapidement, un grand mouvement de masse capable d'appuyer efficacement les revendications contenues dans le Manifeste du Peuple Algérien.

Certains auteurs ont présenté l’Association des Amis du Manifeste et de la Liberté (A.M.L) comme une initiative et une œuvre unilatérale des amis de Ferhat ABBAS, offrant ainsi l'occasion au P.P.A. de s'engouffrer à l'intérieur des A.M.L.  pour en prendre le contrôle. Je m'inscris en faux contre cette vision des choses, suggéré après coup, après les événements tragiques de Mai 45, après les massacres des populations et l'emprisonnement des dirigeants des A.M.L. en la personne de Ferhat ABBAS et du Docteur SAADANE .

La vérité toute simple est que, si Ferhat ABBAS a effectivement pris l'initiative de lancer les A.M.L. et accompli de gros efforts pour la diffusion du Manifeste en sillonnant l'Algérie d'Est en Ouest, le mouvement n'a pas pu dépasser le stade du rassemblement de personnalités, appartenant à la classe moyenne, intellectuels, professions libérales, fonctionnaires,

commerçants, bref un rassemblement bon enfant typiquement bourgeois. Ce qui a amené Ferhat ABBAS et Hocine ASSELAH à concevoir l'implication de l'organisation clandestine du P.P.A. pour dynamiser, le mouvement existant, en le structurant et en le popularisant.

Lorsque l'idée a été soumise à l'approbation de la Direction, cette dernière n'y a vu que des avantages pour  le développement de l'idée nationale, avec,  en plus,  une ouverture plus grande de l'action de nos militants qui pouvaient désormais agir au grand jour, sous l'étiquette et le parapluie d'une organisation légale.

Secondo : La question de savoir qui a décidé et organisé les manifestations du 8 Mai 45 à travers le territoire Algérien a fait l'objet d'interprétations diverses et généralement erronées. En  rappelant  l'impérieuse  nécessité  de  participer, ostensiblement, aux fêtes de la Victoire du camp occidental, et ce, à part entière, indépendamment de l'entité française et en contestation flagrante de la souveraineté française, grâce au déploiement d'un emblème national, il est clair que la décision du P.P.A. à l'échelle de sa Direction n'est pas contestable

Il paraît évident que Ferhat ABBAS et ses amis n'ont pas manqué, non plus, d'y avoir songé. Mais le fait est que, engagé solidairement dans le cadre des A. M. L, nous avons naturellement proposé à l'instance dirigeante de ce mouvement d'en prendre la paternité. La proposition était acceptable, sous réserve de non déploiement du drapeau qui représente une atteinte directe et flagrante à la souveraineté française et

                                               

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