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...entraînerait
immanquablement une action répressive immédiate. Mahfoudh
KADDACHE rapporte dans son livre «Histoire du Nationalisme
Algérien» (p 702), qu'afin d'annoncer son désir de participation
aux manifestations de la victoire des Alliés, le Comité Central
des A.M.L. prépare un tract, dont la
diffusion sera d'ailleurs interdite par le préfet d'Alger car,
estimé par le préfet, trop violent et inacceptable, et dont
voici le texte :
« Le Comité Central, résolu
à participer aux fêtes qui suivront une victoire à laquelle le
peuple algérien a largement participé,
Voulant s'associer en cette
circonstance à tous les éléments démocratiques de l'Algérie
Résolu à manifester dans
l'ordre et pacifiquement Décide : Toutes les sections locales
des Amis du Manifeste et de la Liberté, devront prendre contact
avec les autorités officielles et les partis démocratiques
pour participer à ces manifestations.
Les
mots d'ordre seront :
1) Vive la victoire des
Démocrates sur le fascisme, l'hitlérisme, le colonialisme et
l'impérialisme.
2) Amnistie générale pour
tous les détenus et internés politiques musulmans.
Les pancartes qui seront
présentées en cette occasion ne devront pas porter d'autres
indications que celles de ces mots d'ordre inscrits en langue
arabe et en langue française».
C'était donc, on ne peut
mieux, une fin de non recevoir à notre proposition. Ce principe
de la sacro-sainte légalité de toute action politique a toujours
été la pierre d'achoppement dans nos relations avec les autres
partis de la mouvance nationaliste.
Pour nous, la participation
aux fêtes de la victoire était un impératif catégorique avec nos
mots d'ordre et notre Emblème, afin que nul n'en ignore. Un
ordre du jour, rédigé de mes propres mains, et décidé par la
Direction du Parti en vue de réitérer, d'une manière pressante
et insistante, les consignes de
précaution et de prudence face à d'éventuelles provocations,
fut diffusé à toute l'organisation. Mahmoud GUENIFI responsable
du P. P.A. à Sétif rappelle dans une interview de l'époque,
citée par KADDACHE : « les directives reçues du Parti
demandaient de profiter de la victoire des Alliés pour sortir le
drapeau algérien. Les manifestants ne devaient avoir aucune
arme. Les ordres étaient très stricts à ce sujet. Nous avons
enlevé les armes aux militants et aux manifestants. Avant le
8 Mai, des rumeurs d'insurrection avaient circulé. Nous nous
sommes même réunis avec Pierre Bloch, et Zelmati du consistoire,
qui étaient inquiets car on leur avait dit que nous allions nous
révolter contre les juifs. Nous les avions rassurés ».
Benyoucef BENKHEDDA
rapporte dans son livre «Les Origines du 1er Novembre 1954», en
analysant la question de l'Autorité qui a ordonné les
Manifestations du 8 Mai, que Mohamed Lamine DEBAGHINE ne se
souvient pas, que Ahmed BOUDA et Mahmoud ABDOUN affirment que
l'ordre est venu des A.M.L, invoquant comme preuves l'absence de
Manifestations à Alger et Oran. La cause de ces erreurs est que
tout bonnement, ces trois dirigeants membres de la Direction
étaient justement absents d'Alger au moment du refus de la
Direction des A.M.L. de défiler avec nos slogans et le drapeau,
soit le 4 Mai 45.
Mohamed Lamine DEBAGHINE
se trouvait dans son cabinet médical à EI-Eulma, Ahmed BOUDA à
Tablât et Mahmoud ABDOUN non concerné par cette opération. Mais
ils avaient auparavant participé à la décision de ces
manifestations quand elles étaient censées se passer dans le
cadre des A.M.L.
C'est vrai qu'ils avaient
également le droit de se tromper pour la simple raison que les
militants et cadres des sections du
P.P.A.
qui ont reçu instruction pour défiler portaient également la
casquette des A. M. L et que, très probablement, ils ont
largement usé de cette qualité et de cette notoriété pour
entraîner le maximum de monde pour assurer le succès des
manifestations.
Le problème est donc très
clair. Les défilés de la victoire qui sont la cause déclenchante
des événements douloureux de Mai 45 ont été organisés par le
P.P.A. et par le P.P.A seul.
Comment expliquer qu'une
intention, qu'un objectif de nature essentiellement pacifiques
débouchent sur une tragédie de cette dimension ?
Il est clair que la
Manifestation de Sétif au cours de laquelle le jeune Bouzid SAAL
a trouvé la mort, à l'instar de ses collègues porteurs du
drapeau Vert et Blanc, à Alger, Blida et Oran, le 1 Mai, aurait
pu en rester là, si les consignes données par la Direction, et
les efforts déployés par les responsables (témoignages de
Mahmoud GUENIFI, de Taarabit) pour désarmer, dissuader et
disperser les manifestants ivres de vengeance, n'avaient pas été
sournoisement et savamment sabotés par les agents de l'ordre
public, Commissaire et Inspecteurs de police en tête et civils
européens, tirant à partir des fenêtres d'immeubles. Vu l'état
d'esprit des populations, rurales notamment, qui étaient
majoritaires dans les cas de Sétif et Guelma et qui étaient, par
tradition ancestrale, venues armées de gourdins, couteaux et
autres armes à feu, dont la plupart avaient été confisquées par
les services d'ordre, les manifestants réagirent dans un réflexe
de vengeance et de haine accumulée et transformèrent rapidement
le défilé en émeute. C'était, de toute évidence, le secret
espoir des autorités lesquelles subissaient les pressions des
populations européennes qui réclamaient, depuis quelque temps,
déjà, une répression exemplaire du mouvement nationaliste.
L'extension rapide des
émeutes à d'autres localités du Constantinois, rapportée à la
rapidité de l'intervention de l’armée ainsi que la mise en
œuvre immédiate de milices civiles qui tiraient à vue dans les
villes, villages et campagnes sur tout ce qui portait burnous
ou chèche ; tout cela signait la préméditation et la
préparation. A ce titre, la relation du 8 Mai 1945 de Redouane
AINAD-TABET est pleine d'enseignement. Je la spontanéité des
populations rurales aient fait le jeu Une provocation savamment
orchestrée, cela aussi est un constat de faiblesse de la montée
en puissance du sentiment national ; mais cela servira pour la
préparation des actions ultérieures.
Certaines rumeurs ont
laissé entendre que l'extension des
troubles n'était pas forcement fortuite
ni spontanée et qu'il se trouvait des agents provocateurs à la
solde de l'administration ou des colons qui appelaient au djihad
; peut être, même, des patriotes avérés, partisans organisés ou
non, pressés d'en découdre. Incontrôlable, mais vraisemblable.
La réflexion la plus
importante en face de ces événements
est
la nécessaire prise de conscience de la gravité et du
sérieux de la lutte en faveur de l'indépendance nationale. Les
événements de Mai 45, découvrent le vrai visage du colonialisme
: sanguinaire, aveugle, impitoyable. C'est à un combat sans
merci qu'il faut se préparer.
Telle est la conclusion qui
s'est imposée a nous.
Vers le 10 et le 11 Mai,
des militants de Sétif et Guelma sont venus chercher de l'aide,
supplier le Parti de faire quelque chose pour soulager la
région, plongée dans un enfer de tueries et de destructions ;
ils demandaient des armes pour se battre , « aidez-nous par
pitié » répétaient t-ils.
Nous étions une petite
poignée de dirigeants qui se trouvèrent brutalement confrontés
à une situation d'une extrême gravité. La Direction restreinte
se composait à ce moment là de cinq ou six personnes. Hocine
ASSELAH, Hadj Mohamed CHERCHALLI, Said AMRANI, Chadly El MEKKI,
Ahmed BOUDA et moi même.
Le problème posé réclamait
une réponse urgente.
Que faire?
C'est la question que se
pose Benyoucef BENKHEDDA, voir son livre « Les Origines du 1er
Novembre 1954 » pages 102 à 107.
La
concision et l'authenticité de sa présentation doivent
certainement beaucoup au témoignage de Hadj Mohamed CHERCHALLI
qui était son chef de cabinet à la présidence du G.P.R.A, qui
possédait une excellente mémoire et avait vécu l'événement dans
sa totalité avec Said AMRANI et moi-même,
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